Histoire

  • Dans les archives de l'UNION, le bulletin des anciens du Collège Saint-Hadelin

    Demande d’asile politique
    Sentant approcher la débâcle, Guillaume II fit appeler un représentant de l'ambassade de Hollande en Allemagne. Il lui enjoignit de partir immédiatement pour La Haye avec mission de demander asile politique pour l’Empereur d’Allemagne. C'était une mission délicate et protocolaire qui devait s'accomplir oralement. Le légat partit sur le champ et son passage au poste de frontière de Mouland fut noté le même jour, 9 novembre, dans la soirée.
    Le Kaiser s’impatiente
    Les événements, surtout la rébellion au sein de l’armée, se précipitaient. Le Kaiser n’attendit pas la réponse du gouvernement hollandais. D’ailleurs, le légat n'avait pas encore eu l’occasion de régler l'affaire à La Haye. Le lendemain 10 novembre, l’Empereur était, déjà à 6 heures du matin, à la frontière de Mouland. On ne savait donc rien ni au poste des douanes belges (occupé par des militaires allemands) ni au poste de garde militaire à la douane hollandaise. Ceci fut à l’origine des difficultés tragi-comiques qui suivirent.
    Prise d’assaut du territoire hollandais
    Le Kaiser avait une escorte de 9 automobiles transportant une vingtaine d'officiers. Les autos étaient barbouillées de boue pour les rendre méconnaissables, car ni le Kaiser ni ses officiers ne se sentaient en sécurité, même dans le voisinage de leurs propres soldats.
    Le groupe des autos s’arrêta à 300m de la frontière. Une des autos s’avança vers le poste de garde allemand et demanda passage sous prétexte d’avoir à parlementer avec la garde hollandaise. Les Allemands obéirent et enlevèrent la chaîne qui bloquait le passage. Instantanément l’ensemble des autres autos fonça sur le territoire hollandais.
    Le soldat Braeken et le sergent Pinckaers
    Le tour était joué, croyait-on. Oui..., mais un soldat hollandais de garde, armé et prêt à tirer, s’opposa au passage. Il ne savait d'ailleurs pas qui il avait devant soi.
    Le nom de ce simple soldat qui eut, sinon l’honneur, au moins la chance d’arrêter l'Empereur de toutes les Allemagnes, est passé dans l’histoire. Il s'appelait Gilles Hubert Braeken. Né à Gronsveld le 15 juillet 1891, il fut dans le civil valet de ferme et lors de la mobilisation générale incorporé au 48e bataillon de la garde territoriale. Après la guerre, il immigra en Belgique et mourut à Mortroux en 1966.
    Immobiliser un convoi n'était pas si difficile. Mais qu’en faire? Braeken héla son sergent : Pierre Pinckaers, qui était également de Gronsveld et y habitait encore en 1968. C'est du moins ce qui nous fut dit. Mais le village belge de Remersdael conteste cette identité. Il y eut en effet à Remersdael un Jules Pinckaers, né à Epen (Hollande), marié à Joséphine Loop, qui y mourut à 67 ans, le 23 février 1957.
    Qui a raison ? Le fait que le souvenir mortuaire du Pinckaers de Remersdael ne fait mention ni de son lieu de naissance ni de son rôle dans les événements du 10 novembre 1918 à Mouland, plaide en faveur de Pierre Pinckaers né à Gronsveld.
    « Jawohl » dit Guillaume
    Capture d’écran 2018-11-12 à 14.21.47.pngLe sergent tint conseil. On opina qu’on avait à faire à des déserteurs et qu’il fallait renvoyer toute la cohorte à l'autre côté de la frontière. C’est alors qu’intervint le receveur des douanes hollandais, le sieur De Graaf. Il n’avait somme toute rien à voir dans l'affaire. Mais son conseil fut heureux. « Internez-les, dit-il, on ne sait jamais ! On verra après ». Les militaires se rallièrent à son point de vue. Mais ce propos : « On ne sait jamais » éveilla la curiosité des soldats de garde. Ils se mirent à roder et à fureter autour dés autos. Tout à coup, un des leurs fut frappé par le singulier comportement d'un des captifs, qui était plus petit de taille que les autres et tenait obstinément la main gauche en poche. Il en fit la remarque aux autres ; et alors un des leurs s’écria : « C'est peut-être le Kaiser ! ». On sait en effet que Guillaume II était paralysé du bras gauche.
    Celui qui avait lancé cette hypothèse fonça droit sur l’homme en question et lui demanda brutalement : « Etes-vous l'Empereur ? » et celui-ci répondit piteusement : « Jawohl ! ».
    Le Kaiser à la station d’Eijsden
    La nouvelle de la présence du Kaiser provoqua un tohu-bohu général et déclencha, comme nous le dit notre correspondant, un marathon de communications téléphoniques dans tous les sens.
    Entretemps arriva en gare d'Eijsden un train blindé, qui venait sans doute de Liège où on le tenait prêt à toute éventualité.
    On y installa l’empereur. Mais le train ne partit pas. Il n'y avait encore aucune instruction de La Haye. Il est possible que le gouvernement hollandais, au courant des pourparlers d’armistice qui avaient lieu en ce moment, préférait attendre le résultat avant d’admettre le Kaiser sur son territoire.
    Le fait est que le train blindé restait en place. Bientôt une foule de badauds s’assembla à la gare. Il y en avait de tout genre, mais les réfugiés de Liège et de Vise étaient les plus remuants. On avait abaissé les stores du train, ce qui cependant ne devait pas empêcher Guillaume II d'encaisser la série d'outrages populaires qui lui furent lancés en toutes langues et sur tous les tons. Le train partit le lendemain dans la matinée, le 11 novembre 1918.
    Sic transit gloria mundi.

    1. Justin Ansay, prêtre et ancien professeur du Collège Saint-Hadelin de Visé. Extrait de « Union », Bulletin de l’Amicale des Anciens, 1968.

  • Il y a 50 ans à Fouron-le-Comte

    La commémoration du 50me anniversaire de l’Armistice a été fêtée avec éclat. À 9.30 h., un cortège d’une quarantaine d’enfants francophones, suivis par l’Harmonie « Ste-Cécile », les autorités communales, les membres du comité F.N.C. et les Anciens Combattants des deux guerres, les veuves de guerre et un nombreux public, s’est rendu à l’église où une messe a été célébrée â 10 h., par M. le curé à la mémoire des victimes des deux tourmentes.

    À l’issue de l’office, le cortège s’est reformé pour se rendre au Monument du Souvenir où, après une sonnerie « Aux Champs » et la Brabançonne, M. le bourgmestre Michiels, lui-même combattant des deux guerres, déposa une gerbe de fleurs [et] prononça une vibrante allocution.

    Après avoir évoqué les principaux faits d’armes de l’armée belge en 1914-18 et rappelé le sacrifice des vaillants soldats qui luttèrent pour libérer la Patrie, la relever de ses ruines, et auxquels les survivants adressent la ferveur de leur fraternel et égal souvenir, ainsi que leur totale reconnaissance et leurs prières, M. le bourgmestre se pose la question :

    « La justice est-elle sortie victorieuse de ce conflit ? Hélas ! non et si tous ces braves soldats sortaient de leur tombeau, n’auraient-ils pas le droit de nous demander : “Qu’avez-vous fait de notre chère patrie ?”

    Eh ! oui, qu’a-t-on fait de notre chère Belgique ?

    Aujourd’hui encore, nous avons des gouvernements qui tremblent devant une poignée d’extrémistes. On discute à perdre haleine, on fait des rapports et le lendemain encore des rapports, on entend des discussions interminables et rien n’arrive ! Il n’est question que de décentraliser et de déconcentrer et on va de compromis en compromis.

    Après tant de vies sacrifiées, n’avons-nous pas le sentiment que nous avons laissé désorganiser la Belgique en permettant qu’on aille dans tant d’écoles, à l’encontre d’une éducation nationale dont précisément les Anciens sont si profondément imprégnés ? »

    M. Michiels regrette alors que les associations patriotiques fassent preuve d’une totale passivité, alors que d’autres tentent de réaliser chez nous ce que von Bissing n’a pu obtenir à l’époque. Et d’évoquer les multiples méfaits d’une politique qui, en traçant une frontière linguistique, a semé l’injustice, la discorde et la haine, ainsi que les mesures prises en violation de l’art 23 de la Constitution, l’absence dans les Fourons des facilités promises et jamais obtenues et l’implantation en sa localité d’une École Moyenne flamande dans un local annexe de l’église sans même avoir pris l’avis des membres de la Fabrique d’église et de la commune.

    « Il est encore temps de restituer à la Belgique son vrai caractère, son intégrité », poursuit M. le bourgmestre qui termine par ces mots : « Vive la Belgique ! Vivent les Fourons libres ! »

    Cette cérémonie s’acheva par un chant de circonstance exécuté par les enfants sur l’air du « Valeureux Liégeois ».

    En cortège, les participants sont ensuite allés fleurir le monument américain de la route de Warsage et la Pelouse d’honneur du cimetière. Puis une charmante réception eut lieu en la salle du « Drapeau Belge ».

    Le soir, l’on se retrouva en la même salle, mais cette fois autour d’une table bien garnie, la bonne humeur était générale et chacun y alla de sa bonne blague de jadis. Les Anciens étaient heureux de se retrouver. À 10 h., au son d’un orchestre cependant réduit, tout ce monde se lança sur la piste dans une ronde enthousiaste. Et c’est dans une ambiance endiablée que la fête dura jusqu’aux petites heures. Longtemps encore on reparlera de cet anniversaire d’armistice. 

    (Le Journal d'Aubel, novembre 1968).

  • Il y a 100 ans, de Spa à son lieu d'exil hollandais en passant par Mouland et Eijsden

    Bundesarchiv Bild 183-R12318, Eysden, Kaiser Wilhelm II. auf Weg ins Exil

    Le 7 novembre, un train spécial amenait les parlementaires envoyés par le gouvernement de Berlin pour négocier un armistice avec les puissances alliées. Après une rencontre avec Hindenburg et une communication téléphonique avec le généralissime Foch depuis la villa Beaumont, sur les hauteurs de Spa, la délégation a quitté la ville en direction de Compiègne, dans cinq automobiles qui ont arboré m drapeau blanc dès leurs premiers tours de roues. Trois jours plus tard, dans la clairière de Rethondes, elle signerait nom de l’Allemagne la suspension des hostilités
    De plus en plus angoissé, Guillaume II a quitté la Fraineuse pour aller dormir dans une villa réquisitionnée, dénommée Red Castle, entre le 8 et le 9. Dès le 26 octobre, il avait limogé LudendorfF qui lui avait fermement conseillé d’ouvrir des pourparlers de paix. La défaite militaire était désormais définitive, les grèves paralysaient la capitale, le chancelier Max de Bade démissionnait et la république était proclamée. Aux côtés de son fils le Kronprinz qui venait de quitter son état-major de Waulsort, au sud de Dinant, l’empereur a tenu un dernier conseil avec une cinquantaine d’officiers au Grand Hôtel Britannique. Puis il a regagné la Fraineuse où il a signé son abdication dans l’un des salons d’angle du rez-de-chaussée.

    Sa fuite vers les Pays-Bas neutres a été organisée pour le petit matin du lendemain, le 10 novembre. Sa dernière nuit spadoise, qui fut courte, le Kaiser l’a passée à la gare, dans son train à quai. Il avait laissé son épouse à la Fraineuse et délibérément abandonné son chien. L’animal - un berger allemand qu’il avait appelé Lux — a été recueilli par le tenancier d’une auberge proche. Guillaume II avait troqué sa tenue et ses insignes pour un uniforme de général parmi les autres.
    Le convoi ferroviaire s’est ébranlé à 5h de la nuit en direction de Maastricht via Liège. Après 6 km à peine, arrêt en plein bois, à la halte desservant le village de La Reid. Plusieurs limousines attendaient. Transbordement du monarque déchu dans l’une des automobiles afin de contourner les comités de soldats en révolte, aux abords de la gare des Guillemins. Les autos ont atteint Eijsden, le premier village néerlandais... où le Kaiser a attendu son train spécial et son wagon-lit. Le lendemain, le 11 novembre, le gouvernement des Pays-Bas lui signifiait que l’accès au territoire lui était accordé. Le train repartait vers la région d’Utrecht où l’ex-empereur allemand allait passer 22 années d’exil, jusqu’à sa mort en 1941.

    (Extrait du livre "Sur les traces de 14-18 en Wallonie, Institut du Patrimoine wallon, de Daniel Conraads et Dominique Nahoé).

     

  • GRENZELOOS VERZET = PRÉVU POUR L’AUTOMNE 2019 sous le titre RÉSISTANCE SANS FRONTIÈRES

    Capture d’écran 2018-10-20 à 15.38.16.pngLes témoignages sur la résistance sont plutôt rares. À l’aube du spectacle musical 4045 présenté en Flandre par Studio 100 au mois d’octobre sur le thème de la résistance, il semble utile d’offrir un exemple ancré dans la réalité des faits. Trop souvent la façon dont la résistance est dépeinte est incomplète, voire correspond à un cliché erroné.

    On imagine que la résistance était quasi exclusivement active dans la capitale ou dans les centres industriels, sans parler de la coopération avec d’autres pays. Certains pensent que la résistance n'est réellement devenue active qu'à la fin de la guerre. Ou que les survivants ou leurs héritiers ont probablement étoffé les faits. D'autres sont convaincus que le rôle de l'Eglise se limitait à recruter des jeunes pour le front de l'Est. D’autres encore que les groupes de résistance ont agi motivés seulement par conviction politique extrême. A tout point de vue, ce travail démontre que la réalité était différente. Il s’agit ici de groupes devenus actifs dès le début de la guerre et ayant coopéré au-delà des frontières nationales et linguistiques. Le rejet d’un régime totalitaire fondé sur le pouvoir, la conviction profonde que l'occupation était violente et injuste, la confiance en ce que leur patrie permettrait de restaurer l'état de droit et la liberté de culte et, enfin, les concepts même d’humanité et d’empathie, ont poussé ces personnes à résister dès le début du conflit.

    Le livre retrace également de façon précise l'histoire de ces lignes d'évasion, utilisées par des prisonniers de guerre évadés, des pilotes alliés dont les avions avaient été abattus, des Juifs ou des ressortissants néerlandais en fuite vers l’Angleterre. La ligne d’évasion partait d'Allemagne et des Pays-Bas pour rejoindre Eijsden (NL) puis Mouland et Visé. Une fois arrivés au pays de Herve ou de Liège, les réfugiés étaient conduits à Givet ou à Bruxelles, où d'autres groupes de résistance les prenaient en charge.

    Tous les témoignages ont été vérifiés au moyen des archives afin que le récit soit le plus fidèle possible aux évènements.

    Voici donc la première publication d’un historique complet de la ligne d’évasion JAM via Eijsden, du groupe Renkin de Luc-Marc, du groupe Holland de Nic Erkens et de Clarence Liège I d'Olivier Thimister et Félix Bemelmans., mais aussi du Hannibalspiel en Belgique. Les données biographiques contribuent à poser un regard neuf et humain sur une époque et une société opprimée et déchirée.

    Résistants évoqués: Arthur Renkin, Alphons Smeets, Raphaël comte de Liedekerke, Jules Goffin, Olivier Thimister, Félix Bemelmans, Nic Erkens, Walthère Dewé, Hubert Gielen, Arthur Degroeve, Christiane Derenne-Lamazière, Thérèse Grandjean-Raison, Maria Walpot, Dirk Sleeuwenhoek, Louis Moyano, Albert Krott, Jan Lemmens

    Dossier de presse.

    Bulletin de commande.

  • Héribert de Cologne est mort il y aura bientôt mille ans

    "Martyrologe romain" publie ceci à propos de Saint-Héribert:

    Capture d’écran 2018-10-19 à 18.18.00.pngFils du comte de Worms, il fit ses études à l'abbaye de Gorze, près de Metz. Capture d’écran 2018-10-19 à 18.10.39.pngNommé plus tard au siège épiscopal de Cologne, il fut un conseiller écouté de l'empereur germanique Othon III. Il construisit l'abbaye de Deutz sur le Rhin où il est enterré.
    Un internaute nous signale: Conjuguant les rôles d'homme d'État et de pasteur dévoué aux pauvres, saint Héribert de Cologne a marqué son époque. Né vers 970, Héribert est envoyé étudier à l'abbaye de Gorze, près de Metz, où il aurait voulu demeurer comme moine. Mais rappelé à Worms par son père, il y devient prévôt de la cathédrale et employé à la chancellerie royale. C'est là que le remarque l'empereur Othon III, qui le nomme chancelier pour l'Italie (dont le nord faisait partie de son empire), puis pour l'Allemagne. Mais l'année suivante, il est choisi comme archevêque de Cologne.
    "La veille de Noël 999, Héribert arriva à Cologne, par un froid rigoureux, pieds nus et vêtu de toile. Ainsi, dès son entrée en charge, il ne fit aucun doute qu'il se proposait de vivre dans un esprit évangélique de pauvreté et de simplicité. De même qu'il s'était jusqu'alors, de façon désintéressée, sacrifié pour le bien de l'État et le service de l'empereur, autant il devait prendre soin de son archidiocèse et de ses ouailles. Il se fit remarquer par son zèle, sa douceur, son humilité, sa piété et son amour des pauvres." (Biographie de saint Héribert, sur le site de Remersdael, ville belge dont il est le patron
    )
    Héribert est décédé le 16 mars 1021, et a été inhumé dans l'église abbatiale de Deutz, qu'il avait fondée en 1003. Pour abriter ses restes, les moines ont fait fabriquer un magnifique reliquaire, aujourd'hui conservé dans l'église de Saint-Héribert-le-Neuf, à Deutz (devenue un faubourg de Cologne). Sa mémoire est rappelée en Allemagne, par les catholiques et les luthériens, le 16 mars.
    À l'abbaye de Deutz en Allemagne, l'an 1021, le trépas de saint Héribert, évêque. Chancelier de l'empereur Othon III, élu malgré lui au siège épiscopal de Cologne, sans plus tarder, il se dévoua à son clergé et à son peuple, donnant l'exemple des vertus dont il recommandait la pratique dans sa prédication. Il acheva sa course dans le monastère qu'il avait fondé.

    Vous reconnaîtrez à gauche la statue de Saint-Héribert sur la façade de l'église de Rémersdael. A droite, le même Saint-Héribert sur la façade de l'Hôtel de Ville (Rathaus) de Cologne.

    Des manifestations sont prévues à Cologne en 2021 pour célébrer le millénaire du décès de Saint-Héribert.