Histoire

  • Soldats belges dans l'armée du Tsar

    La projection du film "Soldats belges dans l'armée du Tsar" mercredi dernier à Visé a connu plus de succès que prévu. Une belle inauguration pour la salle polyvalente du nouveau complexe "Les Tréteaux".

    Françoise Lempereur a présenté le film en racontant des rencontres avec un des soldats en 1990. Il s'agissait de M. Gérard Houbiers20190213_028.JPG qui avait 92 ans à l'époque et avec des descendants d'autres soldats. Toutes ces recherches ont permis la réalisation d'un film très intéressant bien mis en valeur par une musique originale de Guy Cabay.

    Après la projection, Françoise Lempereur a fait part d'un énorme problème de financement. Le film contient, par exemple, des images très intéressantes des archives allemandes, mais celles-ci demandent 140 € par seconde de film. La Fondation Roi Baudouin a décidé de soutenir l'initiative et elle délivrera des attestations fiscales pour tout don de minimum 40 € par année fiscale.

    Si vous souhaitez soutenir cette initiative, faites-le savoir à l'a.s.b.l. Ambiances... (Zoning de Floreffe, rue des Artisans 30, 51502 Floreffe - info.ambiances@skynet.be).  

  • SOLDATS BELGES DANS L'ARMEE DU TSAR

    Le documentaire "SOLDATS BELGES DANS L'ARMEE DU TSAR" réalisé
    par Françoise Lempereur.

    Le film retrace l’épopée du Corps belge des autos-canons
    mitrailleuses lors de Grande Guerre à travers le récit de Lise THIRY, la fille de Marcel THIRY et nièce d’Oscar THIRY, deux frères liégeois engagés simultanément en 1915, et trois de ses anciennes amies d’enfance, trois filles de compagnons d’armes de Marcel Thiry :
    Janine, fille de Jean Goossens; Jacqueline, fille de Théo Halleux et Suzy, fille de Paul Bodson sans oublier Virginie, fille du chef mécanicien Achille Vanderstichel. Nous avons choisi de mettre en avant ce patrimoine familial tout en enregistrant les récits qui ont animé la jeunesse de leurs détentrices. Elles livrent à la caméra des souvenirs tantôt drôles et tantôt poignants. 



    Extrait du documentaire "Soldats belges dans l'armée du Tsar" de Françoise Lempereur from Ambiancesasbl on Vimeo.

    Autre récit, celui de cette équipe de passionnés dont, André Filée, fils d’ACM, qui avec une dizaine de collaborateurs très motivés ont entrepris de reconstituer une voiture blindée de 1915 grandeur nature. 


    Infos : Centre Culturel de Visé - 04 374 85 50

  • Dans les archives de l'UNION, le bulletin des anciens du Collège Saint-Hadelin

    Demande d’asile politique
    Sentant approcher la débâcle, Guillaume II fit appeler un représentant de l'ambassade de Hollande en Allemagne. Il lui enjoignit de partir immédiatement pour La Haye avec mission de demander asile politique pour l’Empereur d’Allemagne. C'était une mission délicate et protocolaire qui devait s'accomplir oralement. Le légat partit sur le champ et son passage au poste de frontière de Mouland fut noté le même jour, 9 novembre, dans la soirée.
    Le Kaiser s’impatiente
    Les événements, surtout la rébellion au sein de l’armée, se précipitaient. Le Kaiser n’attendit pas la réponse du gouvernement hollandais. D’ailleurs, le légat n'avait pas encore eu l’occasion de régler l'affaire à La Haye. Le lendemain 10 novembre, l’Empereur était, déjà à 6 heures du matin, à la frontière de Mouland. On ne savait donc rien ni au poste des douanes belges (occupé par des militaires allemands) ni au poste de garde militaire à la douane hollandaise. Ceci fut à l’origine des difficultés tragi-comiques qui suivirent.
    Prise d’assaut du territoire hollandais
    Le Kaiser avait une escorte de 9 automobiles transportant une vingtaine d'officiers. Les autos étaient barbouillées de boue pour les rendre méconnaissables, car ni le Kaiser ni ses officiers ne se sentaient en sécurité, même dans le voisinage de leurs propres soldats.
    Le groupe des autos s’arrêta à 300m de la frontière. Une des autos s’avança vers le poste de garde allemand et demanda passage sous prétexte d’avoir à parlementer avec la garde hollandaise. Les Allemands obéirent et enlevèrent la chaîne qui bloquait le passage. Instantanément l’ensemble des autres autos fonça sur le territoire hollandais.
    Le soldat Braeken et le sergent Pinckaers
    Le tour était joué, croyait-on. Oui..., mais un soldat hollandais de garde, armé et prêt à tirer, s’opposa au passage. Il ne savait d'ailleurs pas qui il avait devant soi.
    Le nom de ce simple soldat qui eut, sinon l’honneur, au moins la chance d’arrêter l'Empereur de toutes les Allemagnes, est passé dans l’histoire. Il s'appelait Gilles Hubert Braeken. Né à Gronsveld le 15 juillet 1891, il fut dans le civil valet de ferme et lors de la mobilisation générale incorporé au 48e bataillon de la garde territoriale. Après la guerre, il immigra en Belgique et mourut à Mortroux en 1966.
    Immobiliser un convoi n'était pas si difficile. Mais qu’en faire? Braeken héla son sergent : Pierre Pinckaers, qui était également de Gronsveld et y habitait encore en 1968. C'est du moins ce qui nous fut dit. Mais le village belge de Remersdael conteste cette identité. Il y eut en effet à Remersdael un Jules Pinckaers, né à Epen (Hollande), marié à Joséphine Loop, qui y mourut à 67 ans, le 23 février 1957.
    Qui a raison ? Le fait que le souvenir mortuaire du Pinckaers de Remersdael ne fait mention ni de son lieu de naissance ni de son rôle dans les événements du 10 novembre 1918 à Mouland, plaide en faveur de Pierre Pinckaers né à Gronsveld.
    « Jawohl » dit Guillaume
    Capture d’écran 2018-11-12 à 14.21.47.pngLe sergent tint conseil. On opina qu’on avait à faire à des déserteurs et qu’il fallait renvoyer toute la cohorte à l'autre côté de la frontière. C’est alors qu’intervint le receveur des douanes hollandais, le sieur De Graaf. Il n’avait somme toute rien à voir dans l'affaire. Mais son conseil fut heureux. « Internez-les, dit-il, on ne sait jamais ! On verra après ». Les militaires se rallièrent à son point de vue. Mais ce propos : « On ne sait jamais » éveilla la curiosité des soldats de garde. Ils se mirent à roder et à fureter autour dés autos. Tout à coup, un des leurs fut frappé par le singulier comportement d'un des captifs, qui était plus petit de taille que les autres et tenait obstinément la main gauche en poche. Il en fit la remarque aux autres ; et alors un des leurs s’écria : « C'est peut-être le Kaiser ! ». On sait en effet que Guillaume II était paralysé du bras gauche.
    Celui qui avait lancé cette hypothèse fonça droit sur l’homme en question et lui demanda brutalement : « Etes-vous l'Empereur ? » et celui-ci répondit piteusement : « Jawohl ! ».
    Le Kaiser à la station d’Eijsden
    La nouvelle de la présence du Kaiser provoqua un tohu-bohu général et déclencha, comme nous le dit notre correspondant, un marathon de communications téléphoniques dans tous les sens.
    Entretemps arriva en gare d'Eijsden un train blindé, qui venait sans doute de Liège où on le tenait prêt à toute éventualité.
    On y installa l’empereur. Mais le train ne partit pas. Il n'y avait encore aucune instruction de La Haye. Il est possible que le gouvernement hollandais, au courant des pourparlers d’armistice qui avaient lieu en ce moment, préférait attendre le résultat avant d’admettre le Kaiser sur son territoire.
    Le fait est que le train blindé restait en place. Bientôt une foule de badauds s’assembla à la gare. Il y en avait de tout genre, mais les réfugiés de Liège et de Vise étaient les plus remuants. On avait abaissé les stores du train, ce qui cependant ne devait pas empêcher Guillaume II d'encaisser la série d'outrages populaires qui lui furent lancés en toutes langues et sur tous les tons. Le train partit le lendemain dans la matinée, le 11 novembre 1918.
    Sic transit gloria mundi.

    1. Justin Ansay, prêtre et ancien professeur du Collège Saint-Hadelin de Visé. Extrait de « Union », Bulletin de l’Amicale des Anciens, 1968.

  • Il y a 50 ans à Fouron-le-Comte

    La commémoration du 50me anniversaire de l’Armistice a été fêtée avec éclat. À 9.30 h., un cortège d’une quarantaine d’enfants francophones, suivis par l’Harmonie « Ste-Cécile », les autorités communales, les membres du comité F.N.C. et les Anciens Combattants des deux guerres, les veuves de guerre et un nombreux public, s’est rendu à l’église où une messe a été célébrée â 10 h., par M. le curé à la mémoire des victimes des deux tourmentes.

    À l’issue de l’office, le cortège s’est reformé pour se rendre au Monument du Souvenir où, après une sonnerie « Aux Champs » et la Brabançonne, M. le bourgmestre Michiels, lui-même combattant des deux guerres, déposa une gerbe de fleurs [et] prononça une vibrante allocution.

    Après avoir évoqué les principaux faits d’armes de l’armée belge en 1914-18 et rappelé le sacrifice des vaillants soldats qui luttèrent pour libérer la Patrie, la relever de ses ruines, et auxquels les survivants adressent la ferveur de leur fraternel et égal souvenir, ainsi que leur totale reconnaissance et leurs prières, M. le bourgmestre se pose la question :

    « La justice est-elle sortie victorieuse de ce conflit ? Hélas ! non et si tous ces braves soldats sortaient de leur tombeau, n’auraient-ils pas le droit de nous demander : “Qu’avez-vous fait de notre chère patrie ?”

    Eh ! oui, qu’a-t-on fait de notre chère Belgique ?

    Aujourd’hui encore, nous avons des gouvernements qui tremblent devant une poignée d’extrémistes. On discute à perdre haleine, on fait des rapports et le lendemain encore des rapports, on entend des discussions interminables et rien n’arrive ! Il n’est question que de décentraliser et de déconcentrer et on va de compromis en compromis.

    Après tant de vies sacrifiées, n’avons-nous pas le sentiment que nous avons laissé désorganiser la Belgique en permettant qu’on aille dans tant d’écoles, à l’encontre d’une éducation nationale dont précisément les Anciens sont si profondément imprégnés ? »

    M. Michiels regrette alors que les associations patriotiques fassent preuve d’une totale passivité, alors que d’autres tentent de réaliser chez nous ce que von Bissing n’a pu obtenir à l’époque. Et d’évoquer les multiples méfaits d’une politique qui, en traçant une frontière linguistique, a semé l’injustice, la discorde et la haine, ainsi que les mesures prises en violation de l’art 23 de la Constitution, l’absence dans les Fourons des facilités promises et jamais obtenues et l’implantation en sa localité d’une École Moyenne flamande dans un local annexe de l’église sans même avoir pris l’avis des membres de la Fabrique d’église et de la commune.

    « Il est encore temps de restituer à la Belgique son vrai caractère, son intégrité », poursuit M. le bourgmestre qui termine par ces mots : « Vive la Belgique ! Vivent les Fourons libres ! »

    Cette cérémonie s’acheva par un chant de circonstance exécuté par les enfants sur l’air du « Valeureux Liégeois ».

    En cortège, les participants sont ensuite allés fleurir le monument américain de la route de Warsage et la Pelouse d’honneur du cimetière. Puis une charmante réception eut lieu en la salle du « Drapeau Belge ».

    Le soir, l’on se retrouva en la même salle, mais cette fois autour d’une table bien garnie, la bonne humeur était générale et chacun y alla de sa bonne blague de jadis. Les Anciens étaient heureux de se retrouver. À 10 h., au son d’un orchestre cependant réduit, tout ce monde se lança sur la piste dans une ronde enthousiaste. Et c’est dans une ambiance endiablée que la fête dura jusqu’aux petites heures. Longtemps encore on reparlera de cet anniversaire d’armistice. 

    (Le Journal d'Aubel, novembre 1968).

  • Il y a 100 ans, de Spa à son lieu d'exil hollandais en passant par Mouland et Eijsden

    Bundesarchiv Bild 183-R12318, Eysden, Kaiser Wilhelm II. auf Weg ins Exil

    Le 7 novembre, un train spécial amenait les parlementaires envoyés par le gouvernement de Berlin pour négocier un armistice avec les puissances alliées. Après une rencontre avec Hindenburg et une communication téléphonique avec le généralissime Foch depuis la villa Beaumont, sur les hauteurs de Spa, la délégation a quitté la ville en direction de Compiègne, dans cinq automobiles qui ont arboré m drapeau blanc dès leurs premiers tours de roues. Trois jours plus tard, dans la clairière de Rethondes, elle signerait nom de l’Allemagne la suspension des hostilités
    De plus en plus angoissé, Guillaume II a quitté la Fraineuse pour aller dormir dans une villa réquisitionnée, dénommée Red Castle, entre le 8 et le 9. Dès le 26 octobre, il avait limogé LudendorfF qui lui avait fermement conseillé d’ouvrir des pourparlers de paix. La défaite militaire était désormais définitive, les grèves paralysaient la capitale, le chancelier Max de Bade démissionnait et la république était proclamée. Aux côtés de son fils le Kronprinz qui venait de quitter son état-major de Waulsort, au sud de Dinant, l’empereur a tenu un dernier conseil avec une cinquantaine d’officiers au Grand Hôtel Britannique. Puis il a regagné la Fraineuse où il a signé son abdication dans l’un des salons d’angle du rez-de-chaussée.

    Sa fuite vers les Pays-Bas neutres a été organisée pour le petit matin du lendemain, le 10 novembre. Sa dernière nuit spadoise, qui fut courte, le Kaiser l’a passée à la gare, dans son train à quai. Il avait laissé son épouse à la Fraineuse et délibérément abandonné son chien. L’animal - un berger allemand qu’il avait appelé Lux — a été recueilli par le tenancier d’une auberge proche. Guillaume II avait troqué sa tenue et ses insignes pour un uniforme de général parmi les autres.
    Le convoi ferroviaire s’est ébranlé à 5h de la nuit en direction de Maastricht via Liège. Après 6 km à peine, arrêt en plein bois, à la halte desservant le village de La Reid. Plusieurs limousines attendaient. Transbordement du monarque déchu dans l’une des automobiles afin de contourner les comités de soldats en révolte, aux abords de la gare des Guillemins. Les autos ont atteint Eijsden, le premier village néerlandais... où le Kaiser a attendu son train spécial et son wagon-lit. Le lendemain, le 11 novembre, le gouvernement des Pays-Bas lui signifiait que l’accès au territoire lui était accordé. Le train repartait vers la région d’Utrecht où l’ex-empereur allemand allait passer 22 années d’exil, jusqu’à sa mort en 1941.

    (Extrait du livre "Sur les traces de 14-18 en Wallonie, Institut du Patrimoine wallon, de Daniel Conraads et Dominique Nahoé).