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Québec

  • «Il a tanké son char, Phil’?»

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    Le château Frontenac (avril 2005)

     Guère étonnant que les meilleurs coursiers de la planète vélo affichent un sourire franc, pour une fois pas feint, lorsqu’ils bouclent leurs valises pour le Québec. Faire son boulot dans la Belle Province, partir en chasse de précieux points World Tour sans « manger ses lacets de bot- tines » (stresser, pour les gens d’ici) est un bonheur simple et vrai, comme celui qu’on ressent en voyant les arbres des rives du Saint-Laurent se parer doucement de jaune, rouge, orange. Contrecoup d’un décalage horaire mal digéré ou réalité vraie, comme ils disent, même les douaniers qui vous dévisagent pour voir si votre bobine correspond au passeport sont sympas. Souriants. Bienvenue ! Bienvenue chez nous !

    Sur les murs de l’aéroport ont fleuri des affiches qui en disent long sur l’impatience des Québécois : « Ils traversent l’Atlantique ». Ils viennent à nous !, ces coureurs qui une fois par an, glissent du sirop d’érable dans leur café matinal et sont « tombés en amour » pour ces clas- siques superbement organisées, loin du chaos de la Vieille Europe.

    Les Québécois sont aux petits soins pour Philippe Gilbert, Tom Boonen, le champion du monde Michal Kwiatkowski, Romain Bardet, Tony Martin... tous logés dans un majestueux hôtel qui borde le Saint-Laurent. Le château Frontenac, à l’intérieur des fortifications de Vieux-Québec, perché sur le Cap Diamant, est une merveille architecturale du XIXe siècle dont les murs épais ont empilé les secrets, d’histoire et d’alcôve, à travers les âges. De Charles Lindbergh à la reine d’Angleterre, de de Gaulle à Reagan, de Lady Di à Hitchcock, ils ont tous séjourné ici.

    C’est aussi dans une des chambres de cet établissement que Churchill et Roosevelt ont scellé le principe du débarquement des alliés, en 1944. Symboliquement, malgré la récente rénovation de l’hôtel, cet espace de mémoire a d’ailleurs été laissé intact. Trêve de « taponage » (perte de temps), le sport va vite reprendre ses droits. Comme me glissait à l’oreille un des portiers du château Frontenac hier, « j’es- père que Gilbert a tanké son char ». Ou, c’est selon, que le vainqueur du GP de Québec 2011 a de l’essence dans le moteur...

    Une carte postale d'ERIC CLOVIO dans LA MEUSE du 10 septembre 2015