« Pas avoir peur de De Wever »

DES MAJORITÉS DIFFÉRENTES POSSIBLES
José Happart
ANCIEN MINISTRE PS
Étonné de la désignation de Bart De Wever comme informateur, José Happart
image.jpg « Pas du tout, c’était prévu ! », rétorque-t-il d’emblée dans l’entretien qu’il nous accorde. « Quand je l’ai dit la semaine passée dans Sudpresse, j’ai été incendié par certains conservateurs. J’ai juste eu raison un peu trop tôt ! »
Et il complète : « Vous savez, les partis sont devenus des PME. Il y a 30 ans, on voulait aller au pouvoir pour changer les choses. Aujourd’hui, c’est pour faire tourner la boutique. Pour un parti, c’est devenu un séisme social d’être dans l’opposition, parce qu’il faut licencier des collaborateurs. C’est humain. »
Le choix de Bart De Wever par le Palais vous semble-t-il logique ?
« Oui, c’est normal. C’est le président du premier parti. Et quand il dit que la Flandre est à droite alors que la Wallonie est à gauche, il ne faut pas lui en vouloir : c’est comme ça, il a raison. »
A-t-il des chances d’aboutir dans sa mission ?
« Autant que n’importe qui. Tout ce qu’il doit faire, c’est élaborer un programme qui recueille ensuite le soutien d’une majorité au fédéral, rien d’autre. Et avec le CD&V et l’Open VLD, ils ont la clé : à eux trois, ils ont 60 % des voix en Flandre... »
De Wever est-il compatible avec le PS?
« Je ne suis pas un décideur du PS, pas plus que du CD&V ou de l’Open VLD. Mais je crois que la famille socialiste ne pourra pas accepter d’aller avec la droite globale au fédéral. Je pense plutôt qu’on va avoir des majori- tés différentes dans les Régions et au fédéral. »
C’est gérable, ça ?
« LA FLANDRE NE VA PAS LAISSER MOURIR SON MEILLEUR CLIENT »
« Mais oui ! C’est ça l’Europe des régions ! Et c’est l’évolution de la Belgique. Notre pays est un mariage forcé à la musulmane entre la Wallonie riche d’il y a deux siècles et la Flandre riche d’aujourd’hui. Nous ne trouverons de solutions qu’au sein de l’Europe, avec des Régions auto- nomes. Et sinon, pourquoi avoir opéré une kyrielle de nouveaux transferts de compétences vers les entités fédérées, si c’est pour avoir les mêmes majorités par- tout?Celan’apasdesens!» Faut-il avoir peur de De Wever ?
« Jusqu’à preuve du contraire, il n’a tué ni violé personne. Dans un couple, la confiance doit être réciproque.

En 2007, quand les Wallons ont bloqué l’évolution institutionnelle du pays, je les ai prévenus que les Flamands nous le feraient payer. Cela a commencé en 2010, avec 500 jours de blocage. Et aujourd’hui, on est au pied du mur. En 2007, quand nous avons mis un point d’honneur à faire explo- ser le cartel du CD&V et de la N-VA, on s’est fait plaisir. Mais en politique, chaque fois que vous vous faites plaisir, vous avez perdu ! »
On ne doit pas craindre la N-VA, selon vous ?
« L’intérêt de chaque région est d’avoir une économie qui se développe, pour créer de la richesse et la redistribuer aux plus faibles. La Flandre, nous sommes son premier importateur. Si elle laisse tomber son meilleur client, elle va mourir aussi ! Elle ne le fera donc pas ! Ils ont intérêt à ce que nous allions bien, nous aussi. Il ne faut donc pas avoir peur de Bart DeWever!»

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