Août 1915 à Mouland

Extrait des notes du Père O'Kelly publiées par la Société Royale Archéo-Historique de Visé et de sa Région ASBL et du Musée Régional d'Archéologie et d'Histoire de Visé, sous le titre "1914-1918, à Visé et dans la région liégeoise, 1er tome 1915-1916".

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Des garda-frontières allemands pris en photo devant les bornes belgo-hollandaises. Document Théo Broers.

Au sortir de VISE, vers MOULAND, apparaissent les premiers travaux du chemin de fer. La voie coupe toute la grande prairie de la Waide, appartenant à la comtesse de Borchgraeve de Wodemont. Elle vient du Bois de Longchamps, traverse la voie de Hognée ou des 3 Rois, au sol de gravier, les prés des osiers, la Wade, descend sur la route de Mouland, vers Brousse. 60 civils belges la plupart, travaillaient dans les terres, au salaire de 3 F 50. Une douzaine de jeunes gens suivaient la route de MOULAND, en quête d'occupation, près du bureau d'enrôlement. Que ne sont-ils à la guerre, disait un cultivateur ! Il y a un an, fauchait en cet endroit, M. Purnode, il s'occupait encore maintenant de rentrer son avoine. Que les temps sont changés, dit-il ! sur un ton de tristesse. En hiver, j'ai eu l'honneur d'une visite de la part de Mgr de LIEGE, en mon étable de VISE, son Eminence est venue me voir dernièrement, avant de mourir, il ne me reste plus qu'à recevoir, de la terre, notre roi Albert.

A la limite de MOULAND, le campagnard lie son grain ou porte sa gerbe avec une ardeur mêlée de regret. Ze bederven heel het land. Ils gâtent toutes les terres, disait un homme navré. Toutesmesbêtes sonten HOLLANDE. Je ne puis y cultiver les champs que j'y possède. Je demeure au village tout seul, depuis 6 semaines, car ma femme pourvoit au reste par delà les frontières qui nous sont inaccessibles. Un descendant des vieilles souches de MOULAND, Jan BROERS, passe sur la route. Il a vécu neuf mois en HOLLANDE. L'exil, la perte de la métairie Op de Byse a affecté sa santé; Nous sommes pauvres à présent, dit-il. Du toit séculaire de la famille, de mes papiers, de mes meubles antiques, il ne reste rien. L'ancien village ne connaît que la désolation "groote desolatie" disait-on déjà, dans le temps des guerres de Louis XIV et de Louis XV. Plus de 250 Hab. séjournentau milieu des ruines.

Près d'eux, est malade épuisé, le curé du village. Depuis 9 jours, unepneumonie a saisi le dévoué pasteur. Elle laisse de l'espoir. Le médecin prescrit encore un repos au lit de 15 jours. Que n'a pas fait le bon prêtre ! Il a été si dévoué, dit une septuagénaire native d'Eupen, que tous les soirs nous récitons avec mon mari octogénaire, un chapelet pour sa guérison. 

Une affiche invite les villageois à faire l'inventaire de leurs dégâts pour le 25 courant. Sera-ce possible ? La moitié des familles est absente. 150 soldats logeant spécialement à "Het Wit Huis" font comprendre que l'occupation ennemie continuera. Là près, l'ancien bourgmestre a loué la maison du Devant lui, en BELGIQUE et en HOLLANDE, s'étendent ses propriétés, louées aux villageois de MOULAND. 2 de ses fils affirment leur patriotisme au front.

MONS, BERG, en ce hameau de BOMBAYE, les ennemis arrivèrent en août, dit un témoin, comme des loups. Le 35e rgt fut le plus mauvais, il resta 3 semaines et pilla les villageois. Le 90e passa à BOMBAYE et le 60e à MOULAND. A MONS, le fils Bisschop ail. d'origine et considéré comme déserteur, fut tué par les Ail. Un fils Dubois, frère de Pierre-Joseph n'a pas été retrouvé depuis lors. On croit qu'il a subi un sort semblable dans les campagnes. A BOMBAYE périt Constant Lexhay, célibataire.

DALHEM : ce village a été l'un des moins éprouvés des environs. M. le curé Ceyssens et M. le bourgmestre H. Francotte tinrent tête aux Ail., au risque de leur vie. Un jeune homme de 26 ans y périt en août, en allant dans la campagne. Un Ail. et un Belge y trouvèrent la mort.

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