La solution (?) dont certains rêvaient pour Fourons: une commune morcelée entre Wallonie et Flandre

Casse-tête à Baerle-Duc avec le Covid-19

Pour les habitants de Baerle-Duc, minuscule enclave belge dans le sud des Pays-Bas, et ceux de sa voisine néerlandaise Baerle-Nassau, respecter les règles liées au coronavirus constitue un défi quotidien, déterminé par un enchevêtrement de frontières qui sillonnent les rues.Capture d’écran 2020-08-16 à 08.44.21.png

Les deux villages forment un puzzle géant qui a de quoi donner le tournis : BaerleDuc compte 22 enclaves en territoire néerlandais, tandis que BaerleNassau en possède sept, elles-mêmes imbriquées dans les enclaves belges, ainsi qu’une huitième au-delà de la frontière principale entre les deux pays.

DEUX POLITIQUES SANITAIRES

Sur place, où la porte d’entrée des maisons détermine le pays auquel elles appartiennent, citoyens belges et néerlandais avaient pour habitude de vivre sans trop se soucier des frontières. Mais le Covid-19 a changé la donne.

A Baerle-Duc, qui dépend de la province belge d’Anvers, porter un masque dans l’espace public est de rigueur. Rien de tel à Baerle-Nassau, le port du masque aux Pays-Bas étant uniquement obligatoire dans les transports en commun.

« Les gens ne comprennent pas s’ils doivent porter un masque ou non quand ils viennent dans ma boutique », explique Sylvia Reijbroek.

Cette Néerlandaise possède une galerie d’art dont le bâtiment est traversé par la frontière, représentée par de simples croix blanches sur le plancher. Une situation cocasse qu’elle appréciait auparavant mais qu’elle ne trouve « plus si chouette » en pleine pandémie.

Quand des clients entrent du côté belge, Sylvia leur explique qu’ils sont censés mettre un masque, avant de leur dire qu’ils peuvent l’enlever une fois qu’ils ont passé la frontière, à quelques mètres. Avant le coronavirus, « il n’y avait pas de problème avec les frontières. Maintenant, on voit que c’est différent », note l’artiste. Malgré les dizaines de marques au sol qui ponctuent les deux villages pour indiquer les frontières, tout « fonctionnait très bien », les habitants se voyant comme membres d’une seule et même communauté, estime Frans De Bont, le maire de Baerle-Duc.

« Tout a changé avec le coronavirus. Personne ne sait quoi faire », raconte-t-il.

« Maintenant, c’est « Vous êtes néerlandais et vous avez vos règles » et nous avons les règles belges qui sont plus strictes. Et c’est étrange », déclare M. De Bont, dont le village de 7,5 km 2 a enregistré 14 cas de nouveau coronavirus depuis le début de la pandémie.

Pendant le confinement, Sylvia a dû fermer sa galerie, de droit belge, alors que le magasin mitoyen, du côté néerlandais, est resté ouvert. Les Pays-Bas sont l’un des rares pays d’Europe à ne pas avoir ordonné de confinement total au plus fort de la pandémie.

« Nous avons deux gouvernements qui ont une manière différente d’agir avec le coronavirus. Ce n’est pas très agréable », regrette-t-elle.

(7Dimanche, 16 août 2020)

Commentaires

  • J'y étais il y a quelques semaines comme président de la VLM. Ne rêve pas car ce n'est pas facile du tout. Et puis, que ferais-tu: la toute grande majorité dans 5 villages et une minorité dans un petit village qui devrait se concerter chaque jour avec cette grande majorité?

  • Effectivement. Situation difficile à gérer en ce temps de corona. Je suppose qu' en temps " normal", il n' y avait aucun problème? C ' est l' Europe unie!

  • Je suis un jour allé à Baarle-Hertog (il y a déjà bien longtemps) afin de voir si ce n'était pas là une solution pour Fourons puisque tout s'y passe apparemment harmonieusement depuis toujours. C'est effectivement un véritable puzzle avec des frontières à travers les maisons et la porte d'entrée principale qui détermine le pays dans lequel les habitants sont domiciliés. (A l'intérieur de la Belgique nous avons de nombreuses situations semblables entre La Calamine et Plombières car le tracé de la frontière de l'ancien territoire neutre a été tracé en ligne droite à travers tout, y compris des maisons. Nous avons aussi des lotissements récents dans le cas et là aussi c'est la porte d'entrée qui détermine l'appartenance des habitants.
    La "solution " Baarle-Hertog/Baarle Nassau aurait pu s'imaginer en théorie pour Fourons à l'époque où j'ai visité cette commune mais plus maintenant. En effet, à l'époque, à Fourons toutes les maisons ou presque étaient encore des maisons unifamiliales mais maintenant avec l'apparition, même dans les villages, d'appartements avec sas d'entrée commun, c'est devenu ingérable.
    En outre à Baarle-Hertog et Baarle Nassau, il règne un véritable esprit d'entente entre les deux nationalités et on y trouve toujours des compromis pour les travaux publics , les égouts, réfections de voirie, noms de rue etc...) tandis que chacun a son enseignement. Il y a des choses "communes" et donc partagées (l'église est unique si je me souviens bien, le centre sportif aussi, je crois.)
    Tandis qu'à Fourons, l'entente serait certainement plus problématique et s'il fallait diviser le territoire en fonction des volontés des propriétaires (ou des locataires?) ce n'est pas un puzzle de quelques dizaines de pièces qu'on aurait mais de plusieurs centaines voire milliers de pièces.
    Il serait en effet impensable de répartir les villages de façon homogène d'un côté ou de l'autre de manière arbitraire comme on a cliché arbitrairement la frontière linguistique en 1962. Ces méthodes là ne sont pas dignes de pays civilisés et démocratiques.

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